dimanche 8 février 2015

Les Japonais et la sexualité

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C’est en visionnant deux des épisodes d’Ichiban Japan, « Tokyo décalé » et « Une journée à Tokyo », que le paradoxe m’a interpellé. Guillaume Jamar y montre avec humour que certains magasins présentent en rayon des goodies tout ce qu’il y a de plus classique et juste en face… des films animés érotiques, des sexes toys aux couleurs de l’arc en ciel, très kawaï même, et plus loin, des enseignes ne vendant que des préservatifs aux effigies des héros de mangas, tout cela comme s’il s’agissait d’autres sortes de goodies. La question s’est alors posée dans un coin de ma petite tête : avec tout ce que nous autres Occidentaux croyons connaître des images hentaï, de l’histoire des geishas, des salons de massages très privés, des penchants pour les midinettes court-vêtues, des obsédés palpeurs dans les trains, des mermaids cafés et des fantasmes costumés nippons, comment cela se fait-il qu’il y ait un tel fossé entre l’affichage délibéré d’une sexualité débridée et la réalité extrêmement pudique de l’absence de gestes d’affection en public, de la timidité maladive entretenue par le fait que même en famille, les couples ne font pas état de leur amour devant leurs enfants ?

A long terme, on sait ce que cela donne : une dénatalité préoccupante. Si cette dénatalité est conséquence de nombreux facteurs, il n’en demeure pas moins que les faits sont là. Il semble que le problème ne se résume pas à une mentalité socialement établie. L’économie japonaise souffre depuis les années 90 et la jeunesse n’a plus comme finalité de fonder un foyer, d’autant plus lorsqu’elle peine déjà à quitter le cocon familial par manque de véritable opportunité professionnelle viable. Autrefois, comme par chez nous d’ailleurs, on trouvait souvent son ou sa future au sein de son entreprise, sur son lieu de travail mais maintenant… Sans compter que cette balance enfonce une certaine partie de la jeunesse dans le confort illusoire de l’enfance pourtant terminée : elle reste vivre sous le toit parental plus longtemps, consacre ses salaires (quels qu’ils soient) à la satisfaction d’un consumérisme qui contrebalance le manque d’autonomie à laquelle la condamne l’économie bancale. C’est de cet état de fait que sont nées deux tendances : les Soshoku-danshi (草食(系)男子), des jeunes hommes plus intéressés par eux-mêmes et leurs loisirs que par le sexe et surtout le couple, et les Gyaru (ギャル), des jeunes femmes qui regardent davantage le sexe opposé comme une marchandise, préférant le bon parti financier à la quête de l’amour, de la vie à deux.

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Bien entendu, ces deux exemples ne sont pas réducteurs, il existe encore des jeunes japonais en quête d’amour, mais il semble qu’ils n’envisagent pas la sexualité en dehors de deux choix : l’aventure d’une fois et le mariage. L’idée d’une aventure, d’une amourette ou d’une liaison qui pourrait n’être qu’un parcours merveilleux mais réduit dans le temps ne paraît pas les séduire. Peut-être même guère leur effleurer l’esprit. Ce n’est pas dans les mœurs sans doute (je n’ai pas trouvé d’infos sur ce sujet précis).

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Ken et ses amis sont partout !

Pourtant, l’étalage visuel urbain, médiatique, laisse croire que le sexe n’est pas un tabou au Japon à ceci près que les invitations sont exclusivement tournées vers une clientèle masculine… Alors quoi ? Il y a un vrai malaise, à tel point que la gent masculine peut même en développer des complexes de performance et donc choisir l’abstention dans sa relation réelle (s’il en a une), se satisfaisant de l’utilisation de substituts qui ne viendront ni se moquer ni juger leurs désirs. Une autre chose est sûre et prouvée par des statistiques de 2012 : une fois en couple, même si ce mariage s’est fait par amour et non pour finalement se plier à la convention sociale, le sexe est présent dans la vie des jeunes mariés jusqu’à la naissance du premier enfant. Ensuite, comme chez nous d’ailleurs, il y a un temps de latence car souvent la jeune mère est accaparée par son bébé. Mais la tradition japonaise veut qu’une femme devenue mère ne peut être femme ET mère. Très souvent, elle n’est plus que mère et son époux n’en devient que père. Cette pensée est encouragée par les méthodes de vie familiale transmises depuis toujours, à savoir que les mères dorment avec le(s) petit(s) jusqu’à ce qu’ils soient en âge d’aller à l’école. On peut ajouter que la vie professionnelle du chef de famille lui prend beaucoup de temps, le ramène très tard chaque soir à son foyer et que si on considère sa fatigue physique et morale, le désir ne doit pas souvent prendre l’ascendant sur les besoins physiologiques premiers, manger et dormir. Ces seules causes expliqueraient que peu de couples aient un second enfant… Avec les années, homme et femme du couple en oublient qu’ils ne sont pas que des parents, s’oublient eux-mêmes et leurs besoins, et finissent par se satisfaire de cette vie où ne règne plus qu’une tendre cohabitation.

Face au déballage ostentatoire de love hôtels, de bars à hôtesses et hôtes (bien le seul service du genre s’adressant à une clientèle féminine), d’images pornographiques inspirées du manga, de sexes toys, de préservatifs à l’effigie de Ken le Survivant (si avec ça on n’est pas protégé…!), le mur d’une éducation qui ancre la réserve et l’absence d’expression de ses sentiments intimes ne bouge pas. Même si le rythme du travailleur nippon type s’accordait mieux à la réussite de sa vie personnelle et familiale, il resterait encore à franchir les tabous socio-éducatifs. Ainsi qu’on le retrouve prôné dans nombre de mangas, on peut espérer que les nouvelles générations, influencées par certains bons aspects sociaux de l’Occident auquel elles sont plus ouvertes, feront évoluer les mœurs japonaises, adapter les besoins économiques et concilier de manière plus équilibrée tous les éléments qui font la vie des humains du 21e siècle, ne serait-ce que pour assurer la pérennité de leur propre peuple en tant que nation.

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Noël reste la fête des amoureux

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