mardi 7 juillet 2015

Notre interview de Kotoji Éditions réalisée à la Japan Expo 2015

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Pierre Séry et Pierre-Nicolas Taillardat, c’est un duo de fous furieux. Ils ont toujours voulu monter une boîte, ils aiment la BD et consacrent leur temps libre à Kotoji Éditions car, en entrepreneurs prudents, ils conservent chacun une activité professionnelle indépendante de leur aventure éditoriale. De passage à la Japan Expo, ils ont accepté de répondre à nos questions. Rencontre avec deux passionnés super sympas !

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JT : Kotoji Éditions, comment ça a commencé ? 

PS : Tu sais, dans les grandes entreprises, il y a toujours le mec un peu fou qui a besoin du gars rationnel pour lui dire ce qui est possible et ce qu’il doit repenser face aux coûts à venir !

P-N T : Voilà, moi je suis le « back office » et Pierre c’est le créatif, le choix des titres.

PS : On était étudiants en fac de droit tous les deux, on a toujours voulu monter des boîtes, c’était notre trip !

P-N T : J’en ai fait mon métier.

PS : Oui, du coup il aide les gens à monter des boîtes. On a eu plein d’idées à la con et un jour, alors que je m’occupais d’une association qui gérait la création d’un fanzine manga, les gars qui faisaient le fanzine m’ont demandé « qu’est-ce qu’on doit faire pour faire nos propres albums », je leur ai dit « on monte une boite ». J’ai appelé Pierre-Nicolas et je lui ai dit « on monte une boite ? » et voilà ça s’est fait tout simplement. On a galéré, on galère moins aujourd’hui même si on galère toujours mais nous sommes Kotoji.

P-N T : Disons qu’on a nos activités professionnelles à côté qui nous permettent de débuter en douceur.

PS : Exactement, c’est pour ça aussi qu’on a pris ce temps-là. Si ça coule, au moins, on ne sera pas à la rue, on aura juste perdu du fric et en même temps on peut choisir tranquillement les titres etc… On n’a pas la même pression que le gars qui a tout misé sur sa maison d’édition. Surtout pour un petit éditeur.

JT : C’est vrai que le marché est saturé.

PS : Le marché est saturé et puis il faut éviter les erreurs de plan comptable, de choix éditoriaux, d’où l’avantage d’avoir un associé qui rationalise le truc. Nous, on est plutôt dans la spirale positive du coup !

JT : En même temps, vous ne sortez pas plusieurs séries en même temps.

PS : C’est un choix philosophique : on n’est pas là pour inonder le marché. Parce que si c’est pour dire « on travaille avec les japonais », ok, mais si c’est pour sortir ce que n’importe quel éditeur du milieu peut sortir, pas d’intérêt autre que d’inonder le marché. A un moment faut se poser la question : quelle différence on peut apporter sur le marché du manga, de la BD à notre niveau de petit éditeur ? On ne réinvente rien, c’est sûr, mais on essaie de regarder ce qui se fait ailleurs.

P-N T : Et on édite à 3000 exemplaires.

PS : Aujourd’hui, 3000 exemplaires c’est une bonne vente dans le milieu. Il y a dix ans c’était une petite vente mais avec l’évolution du marché et de l’offre en librairie, c’est devenu une bonne vente. L’équilibre du marché de la BD a basculé : entre les éditeurs mangas qui se sont multipliés, la quantité de titres publiés, la concurrence par des univers comme Marvel qui connaît un renouveau commercial incroyable grâce à la popularité relancée par les films etc.., tu sais que le marché ne va pas aller vers le mieux. Ces dix dernières années c’était le rêve pour les éditeurs mais maintenant, c’est la tendance inverse. En un sens tant mieux car ce qui nous motive c’est le challenge.

JT : Oui et en même temps, il y a la volonté de proposer quelque chose qui sort du lot, non ? Parce que si on regarde l’offre actuelle, il y a beaucoup de titres qui se ressemblent.

PS : Bah, quand j’ai dit que je m’intéressais à la BD chinoise, taïwanaise et à Hong Kong, les gens m’ont regardé avec des yeux disant « mais tu veux mourir ?» et je suis heureux de notre travail sur Blood and Steel que personne n’avait trouvé !

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JT : Pourtant quand j’ai fait des recherches à la sortie du premier tome, j’ai lu sur plusieurs sites et forums « super, on l’attendait, ça sort enfin en France… » etc. Est-ce cela qui vous a orienté sur ce titre ? 

PS : Absolument pas. J’ai cherché des titres en m’intéressant d’abord au manhua que j’avais découvert grâce à l’éditeur Xiao Pan. Son fondateur et directeur Patrick Abry était très actif sur le forum de son site et donnait pas mal d’infos pour aider à comprendre cet univers de la BD chinoise. Je me suis ainsi pas mal documenté sur le sujet, d’autant plus qu’à travers mon association de fanzinat, j’avais monté une rencontre avec des auteurs de chez Xiao Pan en partenariat avec la Fnac. Une aventure humaine extraordinaire. Quand Xiao Pan a disparu, je me suis dit « quel gâchis », il faut reprendre l’aventure mais je ne voulais pas refaire du Xiao Pan, je voulais faire à ma manière. J’ai préféré rester stratégiquement sur une ligne cherchant à publier ce qui, ailleurs qu’au Japon, se rapproche du manga pour accrocher le lectorat manga français. Donc je cherchais, je me documentais sur le manhua et l’édition. Mais si je savais faire de la BD création grâce au fanzinat, la question de l’acquisition de licences était une totale inconnue. Et le hasard a voulu qu’un nouveau collègue dans mon ancien boulot tombe sur les BD dans mon bureau et m’interroge. Je lui explique le projet et il me dit que son cousin est un ancien de chez Pika qui a monté sa structure spécialisée dans l’achat de droits éditoriaux. Il nous a présenté et je lui explique ma vision du marché et ma préférence pour la BD chinoise mais le problème du « comment faire ? ». Coïncidence, il venait justement de signer avec Beijing Total Vision qui est le plus gros importateur de BD chinoise en Europe pour devenir son agent exclusif européen ! Du coup, il m’a mis en contact avec eux et on a signé un premier contrat d’adaptation pour La Belle du Temple Hanté qui est une réédition de Xiao Pan qui avait peu marché. On a expérimenté, beaucoup appris sur le métier d’éditeur, la vente etc… On a aussi réalisé qu’il était difficile de vendre de la BD chinoise avec un nom japonais (Kotoji…) donc on a créé le label Asian District puis lancé Crystal Sky of Yesterday. C’est en voulant voir à quoi ressemblait l’édition originale de Crystal Sky of Yesterday que je suis tombé sur Blood and Steel, sur le site de vente TaoBao. Par la suite, j’ai rencontré des représentants des éditeurs sur des salons en Europe (Francfort, Angoulême) et négocié la licence. En tout, cela a pris deux ans de travail pour pouvoir sortir Blood and Steel en France. Du coup, l’éditeur Tong Li Comics de la version originale nous propose d’autres titres auxquels nous réfléchissons en ce moment.

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JT : Allez-vous continuer en parallèle d’Asian District la publication de BD axées Franco-belges avec lesquelles, finalement, vous avez commencé ? 

PS : Oui car on a un deal avec les auteurs : le jour où la maison d’édition marche bien tout le monde en profitera. L’idée à long terme tourne autour de la problématique de la licence étrangère. Une fois que tu as acquis la licence, le seul droit que tu as est de l’éditer en version française. Aujourd’hui, le marché du manga c’est peanuts, le seul moyen que la boîte cartonne c’est de développer une stratégie multi-support. Le rêve absolu, et on en est encore loin, c’est le dessin animé. Mais le seul moyen d’y arriver c’est de gérer la propriété intellectuelle et donc d’avoir ses auteurs au catalogue en plus des licences étrangères. Et puis, la création pure, c’est l’essence du métier d’éditeur. Aujourd’hui on a clairement un effet Blood and Steel, c’est notre vitrine.

JT : Côté distribution vous faites comment avec cette « petite » quantité ? 

PS : Au début, on a continué comme pour le fanzinat, on a distribué sur les salons. Et c’est pendant un salon qu’un mec de La Diff (diffuseur) est venu nous chercher et nous a accompagné dès le début sur la distribution. On a beaucoup appris car on a d’abord eu un distributeur qui était incapable de nous assurer que les livres seraient en magasin à telle date, on a compris qu’il fallait revoir la stratégie distribution et éditoriale. On a changé de distributeur, revu la stratégie éditoriale, la fréquence de sortie etc… On a appris le métier d’éditeur sur le tas, à travers les mauvaises expériences et les bonnes et grâce à des gens qui nous ont bien accompagné. Aujourd’hui, nos livres sont partout.

JT : Pour le choix de futures séries, quelle sera votre stratégie ? 

PS : Déjà, il faut se dire qu’en éditant de la BD chinoise, on part avec deux temps de retard. Donc il faut bien prospecter pour approcher du standard du manga et rester au plus près de ce à quoi le lectorat français est habitué, sinon on prend le risque de ne pas trouver un public. On veut rester dans le standard manga sur tous les aspects : style, récit, format, prix. Je me cantonne à des titres qui ressemblent à du manga car la BD chinoise généraliste n’a pas vraiment un public en France, trop confidentiel encore. Je souhaite éviter cette difficulté, en contrepied de ce que faisait par exemple Xiao Pan.

JT : Pour choisir, vous attendez que la série soit terminée en Chine ou pas ? 

PS : Non. Si on avait fait comme ça on se serait fait piquer Blood and Steel par un gros éditeur. On a négocié pendant plus d’un an et personne n’est venu en cours de route. Coup de bol aussi parce que le Studio Unicorn qui est donc en contrat éditorial avec Tong Li Comics ne lui a pas cédé les droits internationaux. Tong Li Comics est très offensif pour vendre des licences à l’étranger mais comme il n’avait pas les droits internationaux sur Blood and Steel, il ne pouvait pas le présenter dans son catalogue, ce qui nous a bien aidé à avoir la primeur ! Comme je visite les sites en chinois, c’est dans ces supports que je cherche des titres, des auteurs. Il y a aussi pas mal d’éditeurs chinois qui sont présents à de gros salons comme celui d’Angoulême, qui viennent avec leur catalogue et avec lesquels on peut bien discuter. Mais je cherche par tous les moyens, par exemple, on va publier une BD d’une auteure Hongkongaise qui a gardé ses droits et j’ai négocié directement avec elle.

JT : En termes de rythme de sortie, vous vous calez sur quoi ? Parce que Blood and Steel en est à 14 tomes parus à Hong Kong. 

PS : Sur Blood and Steel, on se fixe sur un tome tous les trois mois, ce qui est déjà difficile en terme éditorial mais il faut ça pour éviter que le rythme retombe dans l’esprit et l’attente des lecteurs et devoir arrêter la série en cours de route. On peut également défendre mieux chaque sortie justement parce qu’on ne publie pas plusieurs titres ou nouveauté en même temps, ce que ne peuvent plus faire les gros éditeurs car ils ont trop de titres qui sortent simultanément tous les mois. Pour d’autres titres du genre de Comprendre la Chine en BD, on prévoit plutôt deux par an maxi car c’est un autre public, un autre rythme même si on reçoit de bon échos et des mails demandant quand sort le tome 2, ce qui est bon signe ^^ Au-delà de Blood and Steel, on refuse les séries trop longues parce que c’est prendre le risque (financier) de ne pas les finir, on se place aussi en tant que lecteur et on sait que ce serait décevant. On ne veut pas non plus augmenter nos prix pour financer la multiplication de sorties futures. On préfère rogner sur nos marges, respecter le lecteur (un bouquin en noir et blanc format manga au-dessus de 10 euros c’est pas possible) et assurer ce qui fonctionne, de nouvelles séries courtes (dont une en 4 tomes en prévision) ou des one shots.

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JT : Merci pour cette interview ! C’était super sympa de vous rencontrer ! Pour finir un petit mot pour les lecteurs de Japan Touch ? 

PS : On espère vous avoir convaincu que l'on peut faire du manga de qualité en dehors du Japon et vous avoir fait découvrir des pépites inédites. On est une toute petite maison d'édition qui essaie de faire son chemin à son rythme, donc on a besoin de votre soutien pour exister au milieu des gros du milieu. Un grand merci à tous nos lecteurs. Vous êtes de plus en plus nombreux. Enfin, un grand merci à Japan Touch de nous suivre depuis la nouvelle aventure Asian District.

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