mercredi 7 décembre 2016

Notre critique du tome 1 de l'édition prestige de Walking Dead


Dessinateurs : Tony Moore, Charlie Adlard, Cliff Rathburn
Scénariste : Robert Kirkman
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
Genre : Zombie, Horreur, Survival
Public : Averti
Site officiel : Delcourt
Prix : 24,95€
Sortie : 23 novembre 2016
Statut de la série : En cours de publication

Rick Grimes, shérif d’une petite ville du Kentucky se fait tirer dessus pendant une tentative d’arrestation et sombre dans le coma. A son réveil, il est seul dans sa chambre d’hôpital et personne ne vient lorsqu’il appelle. Tant bien que mal, il parvient à se lever et explore les couloirs déserts jusqu’à tomber nez à nez avec des gens en piteux état qui ne comprennent rien à ce qu’il dit et tentent de l’agresser. Stupéfait mais soudainement inquiet, il leur échappe et entreprend de sortir de l’hôpital en passant plusieurs portes visiblement condamnées avec des moyens de fortune. Une fois dehors, il n’a qu’une idée : rentrer chez lui pour retrouver sa femme et son fils mais leur maison est, elle aussi, déserte. Désespéré, il n’a pas le temps de voir venir un garçon qui l’assomme à coup de pelle. Quand il reprend conscience, un homme et son fils lui offrent l’hospitalité et lui content que le monde est devenu fou, que les gens meurent et se relèvent pour attaquer les vivants, que les rares survivants ont fui vers les grandes villes où, d’après les derniers messages radio, le gouvernement leur assurait la sécurité. Rick sait que ses beaux-parents vivent à Atlanta, la plus proche métropole. Il décide d’y aller dans l’espoir de retrouver sa famille. Sa traversée cauchemardesque ne fait que commencer…

Ah…. Walking Dead… Série papier et TV déjà mythique. Raison pour laquelle Japantouch vous propose ici un aparté, dans sa thématique résolument nippone, motivé par un ou deux bons arguments. D’abord parce que Walking Dead a renouvelé le genre histoires de zombies, à tel point que le manga du genre survival avec relents de morts-vivants a lui aussi refait surface en version française, pour le meilleur (et parfois le pire). Ensuite en raison d’une démarche éditoriale certes commune aux grands succès depuis quelques années, mais qui sent bon la qualité à savoir une réédition luxueuse de l’ensemble des albums parus en VF. Delcourt aime les intégrales et respecte son lectorat, (rappelez-vous le soin de certaines versions telles que la deluxe de Gokinjo Monogatari de Ai Yazawa), ce qui transparaît avec ce premier tome de Walking Dead Prestige.

Sous une couverture cartonnée à l’allure en négatif reconnaissable entre mille, noir et blanc en vedette avec ombrage de gris et une note rouge rappelant qu’il y a des vivants parmi les morts, les deux premiers albums de la saga sont réunis. Pour les fans de la version TV, rappelons que l’intérêt de se lancer dans la lecture du comic est multiple mais surtout qu’il offre une version différente avec des personnages autres, des apparitions et disparitions à des instants différents, des relations entre les protagonistes qui varient etc… Bref, c’est différent tout en étant semblable et c’est aussi bon !

Un papier plus épais, une qualité d’impression égale, on découvre ou redécouvre l’odyssée de Rick Grimes, petit flic de province sans histoire qui a échappé au chaos premier pour s’éveiller en plein cauchemar du jour d’après.

Seul, pas forcément en forme après des jours dans le coma, il erre sans comprendre, ne doit qu’à une grande chance de ne pas se faire dévorer de suite, jusqu’à ce qu’il rencontre Morgan et son fils Duane. La vérité est incroyable mais les faits sont là et tandis qu’il décide de partir seul en quête des siens, Rick est encore le gentil flic qui pense à agir pour le mieux. Comme si cela avait encore un sens. C’est cette profonde droiture qui va le porter, le mener vers sa femme et son fils, et demeurer avec les rares survivants du petit groupe auquel il se joint. Habile, Robert Kirkman ne présente pas son héros comme un super mec capable de tout endosser seul et sans broncher. Rick est un homme comme bien d’autres, il agit comme il le peut et se plie aux règles d’une communauté qui s’est formée sans lui. Mais son bon sens revient au galop et les problèmes commencent. Rester au plus près d’une grande ville hantée par des milliers de zombies est dangereux et peu importe les arguments de son ancien coéquipier Shane qui croit aveuglément ou se raccroche à l’espoir démentiel qu’il existe encore une force armée, massive et gouvernementale, pour venir les secourir. La survie du petit groupe s’organise, se structure avec son lot de personnalités qui, mises à rude épreuve avec la peur au ventre, les chagrins, le stress, la faim et l’hiver qui arrive, en viennent à se confronter avec plus ou moins de violence.

Car Shane pensait Rick mort et, amoureux de Lori depuis longtemps, avait cru que la situation bien que terrible, serait pour lui l’opportunité tant attendue de séduire la femme de son ami et de former une famille avec elle et Carl. Deux coqs dans une basse-cour, ce n’est jamais gérable à long terme. Sans oublier les divergences d’opinion et d’expérience de vie qui font que Lori n’aime pas voir Rick enseigner le tir à leur fils de sept ans, que Donna n’accepte pas la relation établie entre Dale et les sœurs Amy et Andrea, que Jim, unique rescapé de sa famille, semble continuellement à l’ouest, que Carol se retrouve seule avec sa fille alors qu’elle a toujours dépendu de son mari pour tout et que Glenn, débrouillard et généreux au point de risquer sa vie tous les jours en retournant en ville prendre quelques biens de première nécessité, sent une lourde solitude lui peser même au sein du groupe… Les jours filent entre retour en ville en quête d’armes, parties de chasse, attaques surprises de morts-vivants, perte d’amis et être chers, et la tension monte. Mais que faire en pareille situation ? Comment être sûr d’agir au mieux ?

La vérité explorée par Kirkman est qu’il n’existe pas de bonne réponse à ces questions et que l’humain en nous peut résister de toutes ses forces, il doit accepter le changement pour garantir sa survie et celle des siens, au risque de se perdre, de changer irrémédiablement, de devenir lui-même, un mort vivant. Le scénariste nous le dit dans un petit épilogue, avant la galerie bonus de ce volume, Walking Dead sera une œuvre longue et épique, car il veut explorer cette conscience changeante jusqu’au-boutisme.

Autre bonheur de ce premier tome, le contraste entre deux styles graphiques. Premier artiste à s’être attelé à la mise en images d’un récit qui aurait pu être comme bien d’autres mais glisse rapidement dans ce voyage au cœur des ombres de l’âme humaine, Tony Moore a imposé un découpage proche du story-board, particulièrement adapté à la narration. L’écriture de Kirkman, notamment dans les premiers chapitres, est dense, mais les débuts de l’histoire se font à l’aveugle, comme pour Rick. Avec lui, on avance, pas à pas, dans le silence et enveloppés d’une tension palpable afin de comprendre la situation. Ses réactions face aux morts avides, à la disparition de sa famille, à l’état monstrueux dans lequel il découvre un cadavre vivant qui a dû être une jeune fille, sont prégnantes de suspense et d’émotions. Ce n’est que lorsqu’il fait ses retrouvailles avec les vivants que le texte reprend du galon, expliquant les évènements, l’horreur, l’incompréhension et le danger. On a ainsi une bonne alternance de cases vouées à l’action et d’autres qui mettent Rick (et le lecteur) en phase avec le présent : que s’est-il passé pendant qu’il était dans le coma, qui est qui, quelle est l’histoire de chacun, comment envisager l’avenir proche, comment ne pas devenir fou…

Le chara-design des principaux personnages qui, pour quelques-uns, survivent assez longtemps pour être repris à long terme par Charlie Adlard, est aussi un héritage laissé par Moore. Un trait réaliste souligne la banalité d’un Rick qui pourrait être n’importe quel américain moyen dans la force de l’âge, la douce sévérité de Lori, la candeur encore vivante des enfants, la bonhommie d’un Shane qui ne tardera pas à se révéler impuissant face à ses démons, la jeunesse éclatante et nonchalante de Amy et Andrea, la sagesse de Dale… Les sentiments et émotions se lisent bien sur les visages et les corps en mouvements retranscrivent bien les instants cruciaux, les fuites, les bagarres, la lutte pour rester en vie. L’ensemble est représentatif du caractère de chacun, du moins tel qu’il est au début de cette (mes)aventure. Car tous vont changer et le trait de Charlie Adlard ne leur épargne déjà rien dans les premières pages du chapitre 2. Plus puissamment encré, bravo ici au savoir faire de Cliff Rathburn, plus arrondi et souple mais guère plus clément, au contraire, le dessin d’Adlard insiste sur la tension des visages, les grimaces, les regards tour à tour perdus ou furibonds même dans les moments de calme. La fureur monte d’un cran avec chaque drame et la lutte continuelle se poursuit sans pause. Le traitement des zombies est, par Moore comme par Adlard stupéfiant par l’alliance d’horreur visuelle immédiate et de diversité. On voit que ce furent des gens, des vivants car ils sont tous très différents et pourtant, ils se ressemblent dans leur déchéance physique, leurs dents tombantes, leur plaies béantes qui suppurent encore, leurs os saillants, leurs orbites avides mais vides de conscience, de vie, leur férocité affamée. Subtilité qui n’apparaît flagrante que plus tard dans la série, les morts du premier chapitre sont en meilleur état que ceux du second et là n’est pas un désir de changement entre les deux artistes, non. L’idée est d’avancer dans le temps et pas uniquement avec l’allure des vivants mais aussi des morts qui pourrissent peu à peu même s’ils demeurent un danger.

Enfin, l’inclusion de ces personnages, morts et vivants, dans des arrières plans et décors variés et très présents, apportent une clarté dans le récit et un réalisme supplémentaire à cette histoire fantastique.

Edition luxueuse donc, réunissant deux volumes en un pour un prix intéressant (entre 4 et 5 euros de moins), assortie d’un commentaire de Robert Kirkman, d’une galerie des illustrations couleurs de Tony Moore et de ses croquis de travail, Walking Dead Prestige n’est pas qu’une opération commerciale, c’est un séduisant appel à la lecture pour les fans de la version TV et un beau cadeau pour les fans absolu de la saga.

Points forts : 
  • Édition de luxe qui vaut le détour 
  • Histoire de zombies qui a révolutionné le genre 
  • Aspect psychologique aussi développé que le caractère horreur du récit 
  • Personnages attachants et bien construits 
  • Récit plutôt universel 
  • Réalisme + + +
  • Variances par rapport à la version TV 
  • Deux pattes graphiques pour une série 
  • Chara-design adapté au récit et aux personnages 
  • Travail esthétique sur les zombies et le côté post-apocalyptique réussi à 100% 
  • Deux tomes réunis en un pour un prix intéressant 
  • Édition soignée avec couverture cartonnée, papier et impression de qualité, bonus sympas 
  • Parfait pour commencer la série en version papier 

Points faibles : 
  • Néant 


Verdict : Un Excellent Tome !!! 


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